Mobilité durable

Penser et déployer une mobilité à la fois durable et inclusive en milieu semi-rural

Un défi : se déplacer en milieu semi-rural tout en limitant son empreinte

Forges est une commune rurale de 400 habitants située à 80 km de Paris et à 7 km de Montereau, où se situe la gare SNCF la plus proche. Vivre à Forges, cela impose de facto de réfléchir à la question du transport !

Un territoire très contrasté

Montereau, une « double » ville de 20.000 habitants

Située à la frontière des départements de la Seine-et-Marne et de l’Yonne, et sur la zone de confluence de la Seine et de l’Yonne, Montereau est la dernière ville d’Ile-de-France avant la région Bourgogne, à la fois « campagne à la ville », puisque des champs entourent cette zone urbaine, mais aussi « ville à la campagne » puisque Montereau bénéficie de tous les services publics et privés. Sa gare SNCF permet de relier Paris en 1 heure de Transilien ou TER, via Fontainebleau et Melun.
Une importante activité d’aciérie et de nombreux échanges routiers et fluviaux avec les villes de Sens et Fontainebleau en font un pôle d’attractivité régionale.
Le centre historique de Montereau se situe dans la boucle de la Seine, en partie basse, à proximité de la gare. A 75 m de dénivelée plus haut, de l’autre côté de la Seine, se situe Surville. Dans cette partie haute de la ville vit une population en majorité très défavorisée et dépendante des transports en commun pour se rendre en centre-ville ou à la gare.

Forges et Echouboulains, 2 communes rurales

Au-delà encore de Surville, sur le plateau, se situent les deux villages de Forges et Echouboulains, à faible densité de population et regroupant chacun quelques centaines d’habitants. Tous deux se trouvent à proximité de l’échangeur de l’autoroute A5, distants respectivement d’environ 6 km et 10 km de la gare SNCF de Montereau.
Le projet de recherche-action autour de la mobilité bas carbone est né de cette contrainte liée au territoire. Ce projet s’inscrit en cohérence avec le positionnement du Campus, « radical mais non marginal », et dans une logique de coconstruction avec le territoire dans lequel il s’inscrit.

L’ambition du projet : faire évoluer les pratiques de mobilité

Le projet « Mobilité Bas Carbone » a démarré à l’automne 2019 avec l’appui de la Fondation d’Entreprise Michelin. Il s’est fixé un triple objectif très concret

  • Définir une trajectoire de décarbonation pour les besoins du déplacement du Campus.
  • Développer sur le territoire du Pays de Montereau un nouveau service de transport inclusif et bas carbone. 
  • Accompagner et aider les collectivités territoriales en mettant à leur disposition notre expertise et notre ingénierie.

Si elle constitue un précipité des enjeux de la transition énergétique, la question des transports conditionne aussi l’accès à l’emploi et aux loisirs. Le projet « Mobilité Bas Carbone » vise également à améliorer l’inclusivité sociale et le développement économique sur le territoire proche du Campus.

Un projet de recherche-action en 4 phases 

Le comité de pilotage mis en place au démarrage du projet fin 2019 garantit une démarche ancrée localement, ouverte et rigoureuse. Il est composé d’élus, de représentants du territoire, du monde académique, du monde de l’entreprise, et d’experts du Campus.

Une première phase d’étude et de concertation a permis d’élaborer une première vision de solutions adaptées au territoire. Ces solutions ont été explorées durant la seconde phase et le choix d’opérer un atelier vélo itinérant sur le territoire a été retenu. La phase 3, celle du déploiement, est en cours depuis début mai 2022 en lien étroit avec les parties prenantes du territoire. Enfin une étude menée dans le cadre de la phase 4 permettra de mesurer l’impact de l’expérimentation sur les pratiques de mobilité, d’évaluer les freins rencontrés, les enthousiasmes et les éventuels leviers mis en œuvre au fil du projet.

Ces travaux permettront de nourrir la réflexion des parties prenantes du territoire mais aussi celles d’autres territoires, grâce à un travail de diffusion des résultats.

2019 – 2020 : l’An 1 du projet « Mobilité Bas Carbone »

La première phase d’études et concertation s’est achevée à l’automne 2020.

Un an d’études préalables : une approche multi-méthodologique

Cette première phase d’études a permis de mieux comprendre les usages, besoins et contraintes du territoire vis-à-vis de la mobilité. Trois études ont été menées lors de cette phase : 
Un état des lieux du territoire sous l’angle de la mobilité, sur la base de données statistiques publiques « open data » telles celles de l’Insee et de la SNCF (flux domicile-travail, trafic, profils socio-économiques de la population locale, infrastructures, …). 
Une enquête autour des pratiques de mobilité quotidienne avec notamment l’administration de 300 questionnaires auprès d’habitants du territoire et d’une vingtaine d’entretiens auprès de responsables locaux. 
Un « benchmark » d’expérimentations de mobilité bas carbone, inclusives et économiquement viables (covoiturage organisé différemment, autopartage en petites communautés, pratiques d’auto-stop, cyclabilisation des territoires, …) menées sur l’ensemble du territoire.

Plusieurs enjeux à prendre en compte et à articuler

Penser la mobilité en termes de multimodalité et de « système »

Le benchmark a mis en évidence le caractère souvent incontournable de la voiture dans les territoires ruraux et semi ruraux. Avec son côté multi-usages, la voiture remplit en quelque sorte une fonction « couteau-suisse ». Pour la remplacer et apporter de la flexibilité dans les déplacements quotidiens, il faut dès lors se tourner vers un bouquet multimodal de solutions combinant plusieurs modes de transports.
Par ailleurs, de la même manière qu’une voiture ne fonctionne que parce qu’elle bénéficie d’infrastructures routières (routes, pompes à essence, garages, …), la pratique du vélo nécessite un écosystème qui rende possible son utilisation en toute sécurité et légalité : pistes cyclables, places de stationnement dédiées, services de réparation, mais aussi animation du territoire, réglementations urbaines adaptées, services de MaaS (« Mobility as a service ») adapté aux modes actifs, etc.

Des pratiques et besoins en mobilité très spécifiques

L’enquête territoriale quant à elle a mis en évidence un taux de motorisation (nombre de voitures par personne) faible pour la ville de Montereau, notamment dans le quartier de Surville. Pour ces derniers, l’enjeu de la mobilité concerne l’accès à l’emploi. S’ils disposent de nombreux services à proximité (pharmacie, supermarché, etc.), les habitants de Surville manquent de moyens de mobilité pour se former et chercher du travail. L’enjeu sera de mieux les accompagner dans ces démarches, sans augmenter pour autant leur empreinte environnementale.
En revanche, le taux de motorisation se révèle très élevé pour les villages de Forges et Echouboulains, tournés quasi exclusivement vers la voiture en autosolisme. L’enjeu sera alors d’accompagner la décarbonation de la mobilité quotidienne
Le premier objectif du projet « Mobilité Bas Carbone » sera en conséquence de travailler sur le trajet des 7 km qui relie Forges à la gare SNCF en centre-ville, en promouvant la multimodalité comme alternative à la voiture individuelle.

2020 – 2021 : développer la mobilité cyclable

Premières pistes de solutions 

Plusieurs groupes de solutions adaptés au territoire ont émergé de la concertation avec les parties prenantes du territoire :
– La mise en place d’un ensemble de services vélos, aujourd’hui quasi-inexistants sur le territoire, comprenant à la fois la remise en état, la réparation, la location et la vente de vélos mécaniques et VAE (vélos à assistance électrique) pour encourager la pratique des modes actifs. Inclusif, il vise à permettre l’insertion et l’accompagnement de publics précaires vers l’emploi.
– Le développement de modes partagés de courte distance, via un service d’autostop fonctionnant sur des itinéraires spécifiques de manière pendulaire entre les zones rurales et les pôles attracteurs du territoire (ex : se rendre à la gare, au centre commercial).
– L’organisation d’un service d’autopartage de véhicules de grande capacité, pour répondre à des besoins spécifiques du Campus et de diverses organisations (déplacements de groupes par exemple).

Une démarche de déploiement progressive et concertée

Le benchmark nous l’a montré : changer les comportements s’inscrit dans la durée et nécessite un réel accompagnement des populations concernées par ces changements.
Pour cette raison, le projet prévoit également un volet de formation et de sensibilisation des utilisateurs à ces nouvelles mobilités, notamment via la création des communautés d’utilisateurs et d’ambassadeurs, de réunions d’informations, ou encore la mise en place d’ateliers de mobilité. 
L’idée est également d’initier la dynamique à petite échelle, d’observer ce qui génère des craintes ou des résistances. Les premiers retours permettront d’améliorer progressivement les services proposés et d’élargir leur périmètre. 

Une réelle synergie territoire/Campus

Ce projet s’inscrit en cohérence avec le déploiement du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la Communauté de Communes du Pays de Montereau (CCPM). Il propose ainsi une synergie entre les collectivités du territoire en charge des infrastructures d’une part et l’expertise du Campus en matière de services et d’accompagnement des usagers d’autre part. Les conditions sont donc optimales pour déployer ces propositions autour de la mobilité durable et inclusive.

2022 : Un atelier vélo itinérant sur le territoire

Atelier de réparation itinérant, à l’occasion d’un vide-grenier à Forges
Atelier de réparation itinérant, à l’occasion d’un vide-grenier à Forges

En concertation avec la communauté de communes et les communes alentour, nous avons choisi de poser dans un premier temps les bases d’un service expérimental autour de la mobilité cyclable, pensée en tant que système.

Nous nous déplaçons sur les différentes communes du Pays de Montereau de mai à octobre afin de proposer des services de réparation et auto-réparation à la population. Cet atelier s’adresse autant à des cyclistes réguliers qu’à ceux qui souhaiteraient se remettre au vélo mais aimeraient aussi pouvoir au préalable réparer leur vélo.

Cet atelier itinérant est le support d’une étude sur les freins et enthousiasmes à l’usage du vélo à Montereau et aux communes alentour. Celle-ci permettra de mieux comprendre les habitudes des cyclistes et ainsi en déduire quelques éléments clefs qui pourraient encourager du report modal sur le territoire de la CCPM.

Suivez-nous aussi sur notre page Facebook L’Atelier Ambulant. Nous y indiquerons de manière régulière les dates et lieux des prochains ateliers.

Ils nous soutiennent 

  • La fondation d’entreprise Michelin : la fondation d’Entreprise Michelin s’implique dans des projets novateurs en faveur d’une mobilité durable, respectueuse de l’Homme et de la planète et résolument tournée vers l’avenir. Elle est le principal partenaire financier du projet de mobilité du Campus, auquel elle apporte également un soutien en termes d’expertise.
  • Les communes de Forges et d’Echouboulains
  • La Communauté de Communes du Pays de Montereau
  • Le Sitcome (Syndicat intercommunal des transports collectifs de Montereau et ses environs)

Quelques ressources

Lire l’interview de Jean-Baptiste Gaborieau, expert mobilité durable lors de la phase 1 du projet « Mobilité Bas Carbone » : « Nous voulons poser les bases d’une mobilité cyclable et partagée »

Revoir replay le webinaire du 17 novembre 2020 : « Mobilité durable & inclusive : quelles voies, quelles voix en zone rurale », avec Eric le Breton, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet de la mobilité dont Bouger pour s’en sortir, mobilité quotidienne et intégration sociale et de Mobilité, la fin du rêve ?

Les enjeux de la mobilité durable et inclusive en milieu rural résumée en un dessin et un scribbing

Pour en savoir plus

Contactez-nous : projet-mobilite@campus-transition.org

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